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Micro nouvelle : Le maladroit

Contexte d’écriture de ce texte

Pour travailler la concision, la précision dans le choix des mots, rien de tel que de s’imposer des contraintes de longueur. Dans la micro-nouvelle « le maladroit » ci-dessous, je me suis astreint à ne  pas dépasser les deux mille caractères, espaces comprises (2 Ksecs dans le jargon).

Si vous aimez les textes se déroulant dans un avenir plus ou moins proche, rendez-vous ici. Et si le thème des combats entre rebelles et armée régulière vous plaisent, pourquoi ne pas aller jeter un coup d’oeil à « Des chiens et des robots » ? Et si vous préférez les textes courts sur un thème plus contemporain, voici Choc thermique.

photographie Laurent B

LE MALADROIT

Un tir de laser emporta une partie du toit en plastacier. Dans la maison en ruine, les dix soldats rentrèrent la tête, malgré l’abri des murs aux ouvertures défoncées. D’une voix usée, le sergent lâcha :

– Fumiers de rebelles ! Ils savent qu’ils sont plus nombreux que nous. Les gars, surveillez bien vos secteurs, ne tirez qu’à coup sûr ! On est encore là pour un bout de temps. Alors faites durer vos chargeurs.

Puis, se retournant vers le seul soldat qui était un peu en arrière, près des munitions, le sous-officier ajouta :

– Et toi Dommage, prépare-nous dix poly-grenades, ça s’pourrait qu’on en ait besoin…et tu fais gaffe hein !

– Ouais, pas comme avec le MK IV, grogna un caporal.

Dommage devait son surnom à sa maladresse légendaire. Ceux qui partaient au combat avec lui, ne manquaient jamais de soupirer « Dommage ! ». D’autres prétendaient que le trigramme de cet alias – on aimait beaucoup les sigles dans les Forces Planétaires – DMG, signifiait Deux Mains Gauches.

Penché sur le container de grenades, DMG commença à les équiper, une à une, de leur détonateur. Malgré les explosions et les cris, il se concentrait sur sa tâche. L’impact d’un drone-bombe, juste à côté, fit vaciller l’édifice. Sans le biiip d’armement, personne ne se serait rendu compte qu’il venait d’arracher la goupille. Dans son dos, le caporal hurla :

– Balance-la ! Vite !

Le maladroit, paniqué, se débarrassa du projectile par une fenêtre éventrée à l’arrière de la ruine. La déflagration fut suivie de cris de douleur, dehors, puis de deux autres explosions toutes proches. Surprise, toute l’escouade se retourna vers Dommage qui haussait les épaules en écartant les mains. Avec un juron, le sergent le rejoignit et jeta un prudent coup d’œil à l’extérieur. Il tira cinq fois, posément, et revint à sa position.

– Martin et Duvieux, en couverture à l’arrière, ordonna-t-il. Cinq rebelles étaient en train de nous contourner. Ils avaient déjà dégoupillé leurs grenades.

Après une pause, il ajouta :

– Dommage pour eux.

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